PORTRAIT EGA Sport // Anaëlle Le Blévec, enseignante et sportive en or !

 
 
PORTRAIT EGA Sport // Anaëlle Le Blévec, enseignante et sportive en or !

Pour redonner à toutes la possibilité de faire du sport et à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes, le préfet du Morbihan lance la campagne médiatique "EGA SPORT". Cet évènement parrainé par Isabelle Joschke, femme marin professionnelle et fondatrice de l'association "Horizon Mixité" est destiné à promouvoir et valoriser la pratique sportive féminine dans le Morbihan.

Marie-Claude Venant, déléguée aux droits des femmes et à l'égalité entre les femmes et les hommes, et Pierre-Alexis Ponsot, conseiller d’animation sportive à la DDCS, animent cette campagne du avec les clubs, fédérations, bénévoles... du 8 mars au 15 mai 2018 > Consultez la rubrique dédiée


Anaëlle Le Blévec, enseignante et sportive en or !

Le portrait en format pdf

> portrait anaelle le blevec - format : PDF sauvegarder le fichiersauvegarder le fichier - 7,56 Mb

Enseignante en école primaire, Anaëlle Le Blévec, en situation de handicap moteur, est une passionnée de sport. Médaillée d’or aux championnats de France de Parasurf en 2017, elle pratique régulièrement l’handibasket et le tennis fauteuil, ainsi que le saut en parachute. Toujours prête à relever des défis et à donner de son énergie, elle s’engage bénévolement au sein de divers associations ou organismes. Elle fait partie de l’association Vagdespoir, et intervient également au Comité Départemental Handisport 56, au sein duquel elle témoigne de son parcours auprès des jeunes valides et anime la commission jeunes handisport.

Pourquoi pratiquez vous ce(s) sport(s) ? Quel est votre motivation première ?

J’ai toujours aimé le sport et me dépasser.
Enfant, je grimpais dans les arbres, testais toutes sortes d’activités et ne me limitais pas à mon handicap. Mais dès lors qu’il s’agissait d’une pratique sportive au sein d’un club, cela devenait plus compliqué. Il n’existait alors aucun handisport proposé aux enfants. J’intégrais donc des clubs valides, mais au bout de quelques années, je me lassais de ne pas parvenir à progresser comme les autres enfants de mon âge. Je n’ai découvert le handisport qu’à l’âge de 20 ans, en participant à du handibasket lors d’un Téléthon. Et ce fut une révélation. Enfin, mon handicap ne me freinait plus. Mais il m’a encore fallu quelques années avant de réellement m’impliquer dans le handisport, par manque de structure proposant des sports qui me plaisaient.
Puis j’ai découvert le surf. Dès la première vague, j’ai su ! J’ai su que je ne me lasserai jamais de cette sensation, et que j’allais tout faire pour progresser, réussir à me lever et me stabiliser. Le surf est un sport dont la marge de progression est énorme, surtout pour moi qui partais d’une pratique couchée. Sur la vague, je suis envahie par ces émotions sans limites, des émotions de liberté, d’évasion et de puissance. Tout me semble possible, réalisable, sans frein ni difficultés. Bien sûr, mon handicap rend le take off compliqué. En effet, il s’agit du moment très court où je dois passer de la position couchée à debout, hors mon équilibre est très précaire. Mais ce sport est d’une telle richesse, que je veux tout faire pour palier mes difficultés.
Ma motivation première ? Pouvoir vivre comme je le souhaite, et ne pas laisser mon handicap dicter mes rêves.

Comment et par qui êtes vous arrivée à pratiquer cette  activité ?

J’ai découvert trois de mes activités sportives en rencontrant les membres de l’association Vagdespoir début 2016. Brice Saliou, fondateur de l’antenne bretonne de l’association, est le premier à m’avoir parlé d’handisurf. C’est lui qui m’a motivée à tout donner pour aller aux championnats. Mais c’est le club de la WSA qui m’a appris le surf, lire la vague, à passer d’un surf couché à un surf debout, à trouver des techniques pour parvenir à faire un take off et me stabiliser. Le basket et le tennis, j’y suis arrivée par Laurent Le Floch, président actuel de l’antenne bretonne de Vagdespoir, et fondateur des sections d’handibasket et de tennis fauteuil de Ploemeur.
Enfin, je me suis mise au parachutisme par le plus grand des hasards, grâce à Gaétan Krouch, moniteur à l’Ecole de Parachutisme Sportif de Vannes Bretagne, et moniteur de handifly. Un jour où j’avais décidé de faire un baptême de l’air, je l’ai rencontré et il m’a finalement proposé de multiplier les sauts pour faire de la compétition. Et bien sûr, une occasion pareille, ça ne se laisse pas passer, alors j’ai dit oui !

Que diriez vous aux filles/garçons qui n’osent pas faire un sport qui a encore en 2018, une image de « sport pour homme ou sport pour femme »

Aujourd’hui, si quelqu’un me dit : « vous êtes une femme, ce n’est pas pour vous » il me  donne alors la meilleure des raisons pour y foncer ! Braver l’interdit est une tentation humaine, et trop de choses ont été interdites aux femmes.
Il est grand temps qu’on se batte et sorte du silence ! Cette société qui se plaît à rabaisser les femmes doit appartenir au passé. Femmes ou hommes, filles ou garçons, doivent pouvoir faire leurs propres choix, sans se soumettre à des normes passéistes.
Posons nous la question : pourquoi une fille ne pourrait elle pas faire du foot ? En France, le foot est considéré comme un « sport de mec » alors que dans des pays anglo-saxons, c’est un sport plutôt féminin. Le football est donc un sport mixte, c’est la société qui l’a rendu réservé aux hommes. Engagez vous dans le sport qui vous plaît, et ne laissez plus personne vous dire ce que vous devez faire ou ne pas faire. Alors, à toutes ces femmes/filles à qui l’ont dit « tu es une femme/fille, tu ne peux pas le faire », je leur dis de leur prouver le contraire ! Faites le, affirmez-vous, et prenez la place qui est la vôtre !

Quelles solutions pour faire du sport une activité sociale plus mixte ?

Il faut changer, dès le plus jeune âge, ces idées sexistes de sports/situations réservées à un sexe. On trouve malheureusement trop de situations qui entretiennent ces idées fausses. Il suffit de voir les magazines de jouets à Noël ou encore les couleurs de vêtements ou d’objets pour nourrissons qui continuent de véhiculer l’idée du bleu pour les garçons et du rose pour les filles. J’entends encore trop souvent dans la cour de l’école des garçons refuser aux filles de jouer au foot, prétextant que ce n’est pas « pour les filles ». Lutter contre ces stéréotypes, je le fais au quotidien dans mon métier d’enseignante. Il faut également soutenir les jeunes qui osent casser ces stéréotypes et s’inscrire dans le sport qui leur plaît. Enfin, il faut promouvoir le sport au féminin, et leurs résultats. Les pratiques sportives féminines et leurs résultats manquent encore cruellement de communication dans les médias.
A ce titre, je pourrais faire un parallèle, au niveau des médias, avec le handisport, qui est mis à mal par l’absence de communication au regard de celle qui est faite pour le sport valide. Par exemple, en 2017, les médias regrettaient la défaite des français à Roland Garros. Pourtant les français sont sortis victorieux de la finale double d’handitennis.
Je finirai en reprenant ces paroles, tirées de l’Hymne des femmes, en clamant haut et fort : «  Notre temps, est arrivé. Connaissons notre force, les femmes. »